Vendredi ou les autres jours

Sept jours d’immobilité totale à fixer des tiges de bambou. Vendredi est atteint d’un mal qui le ronge, les yeux dans le vague et le vague à l’âme. Son fichu barbu de Robinson lui a bien préparé une cuisse dorée de crucru, rare comme un coffre rempli d’or, Vendredi n’a pas daigné ouvrir la bouche. Pas plus pour jouer un de ces fameux airs de flûte. C’est désormais une question de vie ou de mort pour ce bougre de sauvageon.

Pourtant, sur leur île déserte, on s’y connait question belle vie. On joue au crabe-caillou sur la plage toute la journée, avant de mimer la chèvre, Mêêê, et de savourer des oreilles de cochon grillées, Uïïk Cuic. Mais, ça, c’était la vie des autres jours.

Alors, quand les voiles blanches d’un navire battent à l’horizon, certainement pour les conduire loin de leur caillou perdu, Robinson pressent l’heure d’une sacrée récréation. Il ne s’agit plus de partir mais d’arriver. Et si finalement des cannibales débarquent, amicalement parés de colliers de molaires, Vendredi se bougera peut-être. Le monde ne sera pas perdu.

 

Gilles Barraqué : « Le fait que l’un soit noir et l’autre blanc n’est sûrement pas neutre – leur différence d’âge ne l’est pas non plus. Il est question d’une harmonie trouvée, cultivée, mais pas dans une fusion béate, et pas en niant la différence. L’autre reste un autre, avec son identité. »

 

Pour arpenter l’île pas si déserte de Robinson et Vendredi, lisez l’édition des Nouvelles de Polynies et le blog Nouvelles de Polynies

Découvrez la règle du jeu, première partie d’un entretien avec Gilles Barraqué

Gilles Barraqué
Hélène Rajcak

ean 9782352893738. 10 €
 
Impression en quadrichromie.
 
132 pages. 14 x 19 cm
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Mai 2018.